Mille Miles n°139

Depuis mercredi 1er juillet 2020, Luca de Meo est le nouveau Directeur Général de Renault. Autrement dit, le patron. Parmi les dossiers brûlants qu’il traite en ce moment, celui d’Alpine ne fait certainement pas partie des priorités absolues. D’ailleurs, il est maintenant établi que la marque dispose d’une période de trois ans pour montrer ce qu’elle sait faire et conquérir de nouveaux marchés. Rendez-vous et remise des copies en 2023. Certains parlent d’un sursis. Effectivement, on peut voir les choses sous cet angle. L’important est que l’usine de Dieppe, que l’on annonçait fermée, ne ferme pas.

Pour le moment, l’A 110 continue d’y être fabriquée à une cadence « de résistance » comprise entre 7 et 9 exemplaires par jour. C’est peu, évidemment. Renault a essuyé une perte de 141 millions d’euros sur son exercice global 2019. La première depuis dix ans. Il eût été facile d’arrêter la production de l’Alpine, arguant du fait qu’il n’existe pas de petites économies quand on s’apprête à supporter d’aussi grosses pertes. Le pire n’est pas arrivé. Nous en sommes, pour l’instant, soulagés. Cela ne dissout, en rien, le sentiment d’inquiétude qui règne quant à l’avenir de la marque créée par Jean Rédélé en 1955, mais ce qui est pris n’est plus à prendre.

Reconnaissons qu’il eût été illogique, de la part de Renault, d’annoncer l’arrêt de fabrication de l’Alpine et, concomitamment, le maintien en Formule 1 agrémenté de l’engagement de Fernando Alonso pour au moins deux saisons. Si la Berlinette A 110 ne fait pas gagner beaucoup d’argent au constructeur français (et lui en fait – peut-être – perdre un peu), sa présence en Formule 1 en tant que concurrent à part entière ou fournisseur de moteurs pour McLaren lui en coûte, toutes proportions gardées, beaucoup plus. Chaque Alpine A 110 croisée dans la rue est une publicité vivante et positive pour le groupe Renault. Pour le moment, on ne peut pas en dire autant des résultats obtenus en Grand Prix.

La dernière fois que nous nous sommes parlé, la crise sanitaire occupait les corps et les esprits. À l’heure où sont écrites ces lignes, les choses semblent s’être atténuées. Doucement, les voitures sortent de leur léthargie forcée, les clubs Alpine et Renault Sport reprennent leurs habitudes, les propriétaires également. Nous le mesurons au courrier reçu à la rédaction (terme inapproprié, car on n’écrit plus beaucoup aujourd’hui) et à la reprise d’un débat tournant autour de l’ancienne Alpine A 110 et de la nouvelle, évoquant – la comparaison est osée – ce que fut la querelle des anciens et des modernes dans le monde littéraire au XVIe siècle. Bien que le rapprochement entre deux voitures affichant 43 ans d’écart puisse sembler incongru, nous nous sentons obligés de prendre position pour l’une ou l’autre chapelle. Ou pour les deux. Ou pour aucune. Ce qui est encore le meilleur moyen de ne pas se faire d’ennemis.

Rester neutre n’est pas dans nos habitudes. Notre bienveillance à l’égard de l’actuelle Alpine A 110 est connue de vous tous. Elle déplaît à certains, et nous le comprenons. Pourtant, il ne vint l’idée à personne de s’offusquer lorsque l’ancienne Mini fut remplacée par la nouvelle. Quand Fiat présenta la Nuova 500, le monde entier cria au génie. Entre parenthèses, l’homme qui fut au départ de ce coup magistral de marketing s’appelait Luca de Meo. Nous serons toujours derrière les inconditionnels de la Berlinette, car on ne déboulonne pas une idole aussi facilement. Parallèlement, nous soutiendrons toujours la carrière de la nouvelle A 110. Outre le fait qu’il s’agisse d’une voiture de sport aboutie, elle permet que l’on prononce et écrive le nom d’Alpine au présent et non au passé.

Philippe Hazan, rédacteur en chef

Au sommaire de Mille Miles n°139 (août-sept 2020) : Focus sur la collection Rédélé, 24H du Mans 1968, Alpine A110 Rally, Renault 5 Turbo 2 1983, interview Jean Vinatier (2e partie), etc.

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